Voyage en Dévoyage
Image prise sur Internet
Comme Dieu au dernier jour de la semaine, lorsque la lumière et tout le toutim furent installés, je ne demandais rien, ni n'espérais plus grand chose de ce dimanche de merde sinon un peu de repos. Soudain mon écran télé s'éclaira. Une image apparue. Douze salopards s'invitèrent dans mon salon, armés jusqu'aux dents d'une blancheur immaculée qu'ils avaient dû se refaire à grand frais pour l'occasion.
- Désolé les mecs ma bouteille de Label 5 vient tout juste de déclarer forfait.
A peine ces mots prononcés, je me rendormais paisiblement comme Dieu sans doute a dû le faire.
J'appris plus tard dans la soirée, qu'après une guerre sans merci, dix des douze salopards furent massacrés à coup de bulletins de vote. Certains ne résistèrent pas plus de quelques minutes.
Quinze jours pour recoiffer leur égo ébouriffé, les deux des derniers salopards encore en lisse purent enfin s'affronter.
Le soir même j'apprenais qu'un seul avait survécu. Il avait écrasé l'autre au seul poids de son ego. Blessé dans son amour propre par une grande quantité de bulletins nuls et contondants Il fut posé sur le trône de France avec l'interdiction de se lever. D'ailleurs l'aurait-il pu, emmêlé dans ses ficelles de pauvre pantin manipulé.
Le virus avait tout bouffé. j'étais le seul survivant. L'Homme moyen s'était dissout, les lâches comme les héros avaient disparu aussi. Tout était recouvert d'une épaisse couche de silence et de vide. Je pleurais souvent.
Internet ne fonctionnait plus. Personne à qui raconter le secret qu'on m'avait confié. Rien n'existait plus autour de moi sinon la nature qui avait retrouvé ses droits et ses devoirs, ceux de faire pousser l'herbe ou jadis l'homme avait recouvert la terre de ciment et de goudron. Obéissant encore à de vieux préceptes n'ayant plus cours, je remplissais une fois par semaine mon attestation de déplacement dérogatoire pour chasser les dernières tranches de jambons sous cellophane dans les magasins éventrés de mon quartier. Je n'avais plus goût à rien, sans doute avais-je moi même été atteint. J'attendais un printemps qui ne viendrait plus.
En cette période où le covid attaquait fort et partout, je m'étais lavé les mains vingt secondes durant avec une pierre ponce avant d'attaquer ma séance de Pilate, lorsqu'on toqua à ma porte. Au début, j'ai cru que c'était moi, mais c'était impossible, puisque j'avais encore les mains sous l'eau.
Non. C'était Blanche-neige, elle entra sans frapper, la violence n'avait plus raison d'être. Elle me souffla discrètement à l'oreille que les nains seraient les prochaines proies du Covid.
Si vous découvrez cette lettre, peut-être me retrouverez vous, derrière le miroir, à errer à travers la ville fantôme, suivi par tous les nains de jardin. Aujourd'hui, je suis leur chef. On va se révolter !
Ce confinement a bien trop duré.
La marquise sortit à 5h...
Quand l'horloge principale du château, celle au dessus de la marquise de la porte Sud, sonna enfin le déconfinement. Théodore l'agrippa :
- Où vas-tu comme ça dès potron-minet ?
- Si on te le demande grand-père, tu leur diras que je suis partie dans la baie des anges. C'est ici que se retrouve toutes les marquises de France et de Navarre. Un peu à la manière des druides qui se réunissent chaque année dans la forêt des Carnutes. Il paraît même qu'Angélique y aurait été aperçue en la compagnie de Madame de Montespan, Madame de Sévigné et bien d'autres encore.
Théodore Agrippa d'Aubigné retourna au château comprenant que sa petite fille devenue une jolie demoiselle lui échappait peu à peu. Il retourna donc à ses poèmes.
En vérité, la jeune marquise s'en allait rejoindre un autre poète écrivain: Paul Scarron qui lui fit cette déclaration :
Il n'est plus temps de rimailler ;
On m'a dit qu'il faut détaller :
Moi, qui suis dans un cul de jatte ;
Qui ne remue ni pied ni patte,
Et qui n'ai jamais fait un pas,
Il faut aller jusqu'au trépas
La pauvre marquise venait d'échapper au pire, faire quelques pas avec Paul, même tout petits, dans les jardins de sa propriété de Fontenay-aux-Roses. C'en était fini des salons littéraires au cœur de la capitale, des rencontres qui auraient pu lui apporter richesse et gloire. Il ne restait plus que son ambition qu'elle alla confier à son amie la marquise de Sévigné qui la gratifia d'une de ses tirades :
Il n'y a qu'à être en Espagne pour ne plus avoir envie d'y construire des châteaux.
Forte de ces sages paroles, la marquise concluait que désormais le bonheur ça serait ici et Maintenon !
Sur un incipit aussi banal que "La marquise sortit à 5 heure", comment voulez vous que je fasse un roman !
commissariat du 16e arrondissement 17- 11 - 2021- 9h00
Les institutions ne changeraient probablement pas les hommes, mais les tailleurs pouvaient rhabiller les lézards.
Lancinante
Obsédante
Elle s'agite
Elle donne de la gîte
comme un poulet sans tête
Brouillant des cartes replètes
Elle tourne en rond
l'information
Bonheur
Malheur
Mélange torpeur
La douche écossaise
Ne vous déplaise
Tremblez braves gens
Réjouissez-vous
Mais jamais trop longtemps
On est là, la,la,la
Une petite pub
Et on vous revide le bulbe
Vous connaissez la chanson
Celle du petit mouton
Premier de cordée
premier de corvée
Travaillez
Prenez de la peine
Ce n'est pas moi qui le dit
C'est Monsieur de La Fontaine
Ça tourne
En large
En long
Pas très rond
Et ron et ron
Petit patapon
Les bergères gardent encore les moutons
Sur un certain pont d'Avignon
Des messieurs font la cour
A des dames en cavale
Avignon n'a plus de bal
C'est le festival du mouton cannibal
Ça tourne
De moins en moins rond
Contrefaçon du son
Le cœur n'y est plus
La magie est rompue
Arrêtez la musique !
Voilà bien des années que le disque est rayé
La cire a fondu,
L'aiguille est émoussée
Le mécanisme usé
Dans son vieux meuble abîmé
Sans même poignée pour le transporter
Le trimballer dans un ailleurs meilleur
Où Les messieurs font encore comme ça
Et les belles dames aussi
Salle d'embarquement, 3h du mat', le temps s'est arrêté depuis la propagation de ce maudit virus. Mal dormi, aucun ressort ce matin, mise à part celui de la banquette qui m'a brisé les reins. Pas d'avion programmé pour mon retour. Je vais devoir tuer le temps. Mais cette simple action dans l'inaction est rendue difficile depuis que les armes sont interdites dans les bagages à main.