Voyage en Dévoyage
Avant d'entrer dans la forêt, il te faut aller au rendez-vous, près de l'arbre à palabre.
C'est ici, que tu apprendras tous les secrets qui te permettront de rencontrer les lutins d'automne.
C'est ici, que tu apprendras à te coucher sur la terre gorgée d'eau pour les rencontrer.
C'est ici, aussi, que tu apprendras l'humilité devant ce petit peuple de la Terre.
Les premiers lutins font leur apparition : le jeune Xylaria hypoxilon se confond avec les mousses... mais son mimétisme n'est pas encore très au point, il te faut lui pardonner !
Tandis que pholiota mutabilis se fait la proie du règne animal...
... Mycena galopus nigra travaille un peu du chapeau... Il est lui même phagocyté par ses pairs.
saprophyte comme ça peut ! ( un champignon microscopique que je n'ai pas encore identifié).
Celui-ci, se cache dans l'intimité de l’arbre, il tente d'échapper à ses prédateurs
Il sait que l'automne sera court.
Lenzites betulina se pavane sans dessus- dessous, sans pudeur aucune, c'est un artiste, il le sait.
La nuit va bientôt tomber, tu es fatigué, tu 'aimerais tant t'allonger sur le doux duvet de ceriomyces albus. Il est bientôt 17 h00 dans le monde où tu vis, il te faut rentrer... Le chemin est encore long....
... Et tu n'as pas de lumière à ton vélo...
Tu regardes les voies, Léa
Tu les écoutes, aussi,
Parfois tu railles, souvent tu dérailles
Contre le bruit qui n’est plus que silence
Contre des trains en errance
Dans le brouillard épais
De tes rêves défaits
Montparnasse est silencieux
Même si quelques carcasses
Pour le mieux essaient
De rassembler leurs essieux
Absente depuis si longtemps
De quels sommeils obscurs me reviens-tu
Depuis
Combien de rêves assassinés
De desseins écrasés sous le poids des marées
De terres brulées par mille soleils sans vie
De terres promises et jamais données
Ici le ciel n’a pas changé depuis ton départ
Juste un peu plus sombre
Et toi
Plus transparente
Mais l’ensemble tient encore
Comme la plus vieille des nostalgies de pierre
Le quai s’impose pour une saudade improvisée
Les vents te sont encore favorables
Mais
Pour combien de temps
Il avançait pas à pas
Crevant de son œil de lumière des poches de ténèbres.
Même les pans de nuit écartés sa vision n'offrait plus rien de tangible
Marcher marcher sans s’arrêter jusqu’au ralenti de ses fonctions vitales
C'était sa manière à lui de croire qu'il était encore vivant
Lécher ses plaies et faire battre son cœur.
Ses pattes s’enfonçaient dans la pourriture
Il aimait cette odeur...
Ou il s'y était habitué
Les drailles qu’il traversait l’amèneraient sans doute au-delà des raisons humaines
Là où l’esprit se perdrait sur des lieux de vains retours
Répudié par ceux dont les pensées circulaires s’atrophiaient peu à peu jusqu’à devenir une soupe tiède et informe
Il a longtemps erré loin des territoires de lumière
Il se méfiait des illusions qu’il croisait parfois lorsqu’une étoile semblait éclairer ses chemins de traverse
L’illusion est trompeuse
Trop facilement saisissable
Illusions, illusoire
Histoire d’en rire
Juste pour voir
Mais pas trop
L'extrémité d'un tunnel polymorphe s'offrit enfin
Hors des ténèbres
Assis sur son séant
il se tourna vers la lune naissante
La nuit fut traversée par un long cri.