Voyage en Dévoyage
Absente depuis si longtemps
De quels sommeils obscurs me reviens-tu
Depuis
Combien de rêves assassinés
De desseins écrasés sous le poids des marées
De terres brulées par mille soleils sans vie
De terres promises et jamais données
Ici le ciel n’a pas changé depuis ton départ
Juste un peu plus sombre
Et toi
Plus transparente
Mais l’ensemble tient encore
Comme la plus vieille des nostalgies de pierre
Le quai s’impose pour une saudade improvisée
Les vents te sont encore favorables
Mais
Pour combien de temps
Il avançait pas à pas
Crevant de son œil de lumière des poches de ténèbres.
Même les pans de nuit écartés sa vision n'offrait plus rien de tangible
Marcher marcher sans s’arrêter jusqu’au ralenti de ses fonctions vitales
C'était sa manière à lui de croire qu'il était encore vivant
Lécher ses plaies et faire battre son cœur.
Ses pattes s’enfonçaient dans la pourriture
Il aimait cette odeur...
Ou il s'y était habitué
Les drailles qu’il traversait l’amèneraient sans doute au-delà des raisons humaines
Là où l’esprit se perdrait sur des lieux de vains retours
Répudié par ceux dont les pensées circulaires s’atrophiaient peu à peu jusqu’à devenir une soupe tiède et informe
Il a longtemps erré loin des territoires de lumière
Il se méfiait des illusions qu’il croisait parfois lorsqu’une étoile semblait éclairer ses chemins de traverse
L’illusion est trompeuse
Trop facilement saisissable
Illusions, illusoire
Histoire d’en rire
Juste pour voir
Mais pas trop
L'extrémité d'un tunnel polymorphe s'offrit enfin
Hors des ténèbres
Assis sur son séant
il se tourna vers la lune naissante
La nuit fut traversée par un long cri.
Bien des fois, j’ai fait ce rêve, Je le chassais, il revenait toujours.
Les années ont passé, l’eau a coulé sous les ponts et rempli la baignoire en vertu du principe des robinets fuyards.
De pleines lunes en pleines lunes, le besoin se faisait plus pressant.
Le jour est arrivé, un jour de pleine lune, assurément .
La baignoire débordait, l’eau se répandait sur le sol plus qu’à l’habitude, l'eau de la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase.
Il fallait agir… Alors, j’ai pris sa tête entre mes mains...
A partir de cet instant, je ne me souviens de rien.
… A mon réveil, la baignoire était vide, mais beaucoup d'eau avait dû salement couler sous les ponts.
Je ne l’ai jamais plus revue. L'ai-je noyée ?
Elle était si méticuleuse qu’elle avait probablement nettoyé la baignoire avant de partir sur la pointe des pieds pour ne pas me réveiller.
Encore un de ces dimanches de merde à tuer l'ennui à coup de Label 5 à répétition, un de ces dimanches tellement tristounet que même les rayons du soleil n'osaient pas rentrer dans l'appart.
Accoudé au balcon qui commençait à branler sérieux, le cerveau dans les brumes du château de Label 5, je regardais cette putain de méditerranée qui ne m'avait jamais quitté des yeux depuis que j'étais né. Un "enfang du pais" comme y disent ici.
Ca m'foutait les glandes de voir toute cette flotte, j'aurais bien aimé me casser delà, mais pour aller où ? Et puis poulet ici où à la montagne, ça changeait quoi ? Ici, au moins, j'avais des potes dans le port de Marseille. Les petits boulots de fin de mois difficiles ne manquaient pas.
Donc, Monsieur, comme je vous l’ai dit, je regardais la mer, quand je l'ai aperçue, à un mètre de la plage se débattre comme un beau diable, on aurait dit une fourmi, mais d'si loin, et avec une myopie qui m'avait dispensé des exercices de tir, pas évident d'en être sûr. En tout cas, ça s'débattait bougrement con ! J'ai fermé la fenêtre, pris mon ulster et descendu les escaliers quatre à quatre. Je me suis souvenu qu'il fallait que je fasse gaffe. La dernière fois, j'm'étais pris la gueule dans un clou qui dépassait de la marche, ça m'avait valu trois mois d'arrêt de travail… et les compliments d'l'administration... les risques du métier.
Quand ch'uis arrivé sur la plage, j'voyais effectivement une fourmi. Elle me semblait moins grosse que de la fenêtre de l'appart. Sans doute encore un effet d'optique mais plus probablement la brume persistante qui régnait encore à l’abord du château Label 5... Elle était en train de se noyer. Elle avait l'air faible. Même le dimanche, l'instinct du flic reste en alerte. Il faut l'aider, j'me suis dit. J'ai sorti mon 38 mm, j'ai ôté le cran de sûreté, et visé l'hyménoptère en phase terminale, mais le coup n'est pas parti. J'avais pas mis le chargeur.
La bête hurlait. Ca foutait la chair de poule.
Un badaud attiré par les cris s'est précipité vers moi. Par prudence, j'avais préféré ranger mon flingue, que j'avais eu le temps de charger.
- Mais …mais, il faut la sauver bafouilla t-il en m'regardant avec ses yeux de cocker.
- Vas y toi connard, va y, j'ui dit avec la rage en l'poussant dans l'eau.
Y savait pas nager, le gus, j‘pouvais pas l'savoir ! jl'avais pt'ête poussé un peu fort ! Et puis j'n'aurais peut-être pas dû lui taper sur la tête avec la crosse de mon 38 mm, mais y m'avait énervé.
Montée sur le ventre du quidam, la fourmi reprit du poil de la bête. Elle était sauvée et ma mission terminée
Le temps que j'trouve une cabine téléphonique qui marche pour prévenir la brigade que tout était rentré dans l'ordre et que j'retourne sur les lieux de l'accident, le corps du mec s'était échoué sur la plage et la fourmi, mon seul témoin dans cette affaire, avait déjà foutu le camp.
Je suis rentré à pied. J'avais besoin de réfléchir à c'dimanche de merde.
Voilà m'sieur le juge, ça s'est passé comme j'vous l'raconte là.