Journal de bord
7 juillet, an de Grâce 2018, température au sol 37°, 39 ressenti. Chaud.
Évolution :
· -184 hectopascal au nord de la planète, virant Ouest en fin de nuit, vents mollissants 3 à 2. Mer peu agitée à calme ;
· -Pression sanguine 12.7 à 13.8, 90 battements/minute ;
· -Alignement soleil, Terre, Lune.
· -Mars en conjonction avec la lune, les Perséides bien loin... et rien à craindre encore de la ceinture d'astéroïdes.
Une fenêtre imparable pour partir, si on ne ferme pas les volets pour éviter la surchauffe.
22 h 00, La température est infernale même si elle reste stable.
Le ronronnement du ventilateur assure le refroidissement de l'engin... Tout est OK .
C'est l'heure du départ... 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, zéro...
Pleine conscience, pression sanguine 13.9, 230 battements/minute... C'est le stress. Ça va redescendre, ça fait toujours ça.
Les réflexions passées ou celles à venir défilent de plus en plus rapidement. Elles se mêlent, s'entrechoquent, explosent pour se
disperser peu à peu, telles des milliards d'univers-bulle, sans cesse en reconstruction. Mes pensées deviennent de plus en plus
ténues et finissent par disparaître complètement.
Mon corps s'apaise doucement, même si parfois quelques souvenirs s'invitent encore. Je les éloigne sans peine.
Je suis comme un funambule sur la ligne du temps. Autour de moi, rien que le vide et le silence, comme dans l'œil d'un cyclone qui
ne pourrait exister ici en l'absence de matière.
Journal de bord Août 2018
Impossible de savoir quel jour nous sommes.
Combien ai-je parcouru d'années-lumière, je l'ignore. Je vois l'espace s'effondrer et le spectre lumineux se décomposer peu à
peu. Les photons sont rapidement dévorés les uns après les autres.
Je cherche le paradis dont on m'a si souvent parlé. Il paraît que là-bas, n'y a plus aucune souffrance et que les besoins et les
instincts les plus primaires n'existent plus. Qu'on est pour l'éternité dans une complète béatitude peuplée d'anges asexués.
Je pensais voir des cars entiers remplis de touristes bruyants sur un parking sans cesse en devenir, face au grand portail d'un
jardin d’Éden.
Mais rien de tout cela... Mon voyage aurait-il été vain ?
Je suis sur le bord d'un trou noir, face à l'effondrement de la matière et de la vie qu'elle contient. il n'y a rien autour de moi... ni
à gauche ni à droite, encore moins derrière. Le passé, c'est le passé ! On sait.
Journal de bord, derniers instants de flottement
Une soudaine sensation douloureuse causée par l'un de mes nerfs sensitifs me ramène brusquement à mon point de départ. Les
parsecs défilent, tandis que la ligne du temps s'inverse brusquement. Le présent m'attire.
Mes pensées s'imposent à nouveau devant mes yeux grands ouverts... mon dos me fait toujours souffrir.
Plus insistante, une pensée me rappelle qu'il va me falloir songer enfin à changer ce vieux canapé pourri sur lequel je me suis
allongé pour une petite sieste estivale.
On verra ça l'année prochaine, en août, tiens, c'est plus calme, il parait qu'ils sont tous partis...